Du serious game digital au jeu de plateau : pourquoi le marché revient à une approche multimodale, et qui sont les nouveaux acteurs ?

par | 10 septembre 2026 | Collaboratif

Du serious game digital au jeu de plateau : pourquoi le marché revient à une approche multimodale, et qui sont les nouveaux acteurs ?

Longtemps associé au jeu vidéo et à la formation numérique, le serious game se décline aujourd’hui en jeux de plateau, cartes, simulations, escape games et ateliers collectifs. Cette diversification témoigne d’une évolution des attentes. Les organisations cherchent en effet désormais des expériences adaptées à leurs objectifs pédagogiques, quitte à combiner plusieurs formats.

Le serious game ne se résume plus au numérique

Le serious game (ou « jeu sérieux » pour nos amis québécois 😉), utilise les mécanismes du jeu pour former, sensibiliser, expérimenter ou accompagner un changement. Le numérique en a considérablement élargi les possibilités, notamment grâce aux simulations interactives et aux parcours accessibles à distance. Pour autant, le jeu pédagogique n’a jamais été exclusivement digital.

L’édition 2026 de LudiNord Pro, organisée à Lille en mai dernier, en a offert une parfaite illustration. Parmi les dispositifs présentés figuraient aussi bien des jeux collaboratifs que… des expériences associant théâtre et jeu de plateau, ou encore des ateliers de conception pédagogique gamifiée.

Une diversité qui traduit un élargissement des usages.

Les entreprises mobilisent désormais le jeu pour travailler la coopération, les relations interpersonnelles, les pratiques managériales ou la prise de décision. Des sujets pour lesquels l’expérience vécue collectivement peut compter autant que l’acquisition de connaissances.

Pourquoi les formats physiques retrouvent leur place

Le serious game digital conserve évidemment des avantages importants, au-delà de sa facilité de conception grâce, notamment, aux technologies No Code. Une même expérience peut en effet être proposée à plusieurs centaines de collaborateurs, répartis sur différents sites, sans mobiliser systématiquement un animateur. Le numérique facilite également la personnalisation des parcours, le suivi des résultats et l’évaluation des acquis.

Mais le présentiel répond à d’autres besoins. Autour d’un plateau, les participants négocient, argumentent, coopèrent et réagissent aux décisions des autres. Un formateur peut observer les comportements, relever les désaccords et adapter son animation en fonction des échanges.

Une étude publiée dans le Journal of New Approaches in Educational Research en 2022, menée auprès de 105 étudiants, comparait des escape games physiques et virtuels. Les premiers favorisaient davantage le plaisir et l’activation des participants, tandis que les seconds stimulaient notamment l’autonomie, la créativité et l’exploration. Les chercheurs n’ont toutefois relevé aucune différence statistiquement significative dans les résultats académiques.

De quoi relativiser l’idée d’un format « meilleur aux autres ». Le choix dépend finalement surtout de ce que l’expérience doit permettre d’apprendre ou de comprendre.

Présentiel, digital, hybride : des usages complémentaires

Pour sensibiliser rapidement une grosse équipe aux risques cyber, un serious game digital accessible depuis un navigateur présente encore une fois des avantages évidents. En revanche, lorsqu’il s’agit de faire travailler des managers sur la gestion des conflits ou la coopération, un dispositif animé en présentiel peut offrir un terrain d’observation plus riche. Le jeu de plateau favorise les échanges et les décisions collectives, avec des cartes permettant de confronter des points de vue ou d’introduire des situations inattendues. Une simulation numérique rend quant à elle possible l’exploration de scénarios complexes, tandis qu’un escape game peut mobiliser un groupe autour d’une résolution commune.

Bien sûr, chaque format a ses propres contraintes. Le présentiel nécessite du temps, des déplacements et parfois plusieurs animateurs. Le digital suppose quant à lui un investissement de conception, une bonne ergonomie et des conditions d’accès adaptées.

Le principal critère à savoir en tête si vous devez choisir reste donc l’objectif pédagogique : transmettre des connaissances, entraîner un geste, améliorer la coopération ou faire évoluer des comportements.

Et, dans tous les cas, la phase de débriefing reste essentielle pour relier les décisions prises pendant le jeu aux situations professionnelles.

L’hybride change la manière de concevoir les expériences

Ces contraintes et cette complémentarité encourage naturellement une conception moins dépendante du support. Un parcours peut par exemple commencer par une simulation individuelle en ligne, se poursuivre par un atelier collectif autour d’un plateau et s’achever par une évaluation numérique.

Cette hybridation ne consiste pas juste à ajouter une application à un jeu physique, puisque chaque modalité doit remplir une fonction précise dans l’apprentissage. Mais le digital prépare ou prolonge l’expérience, là où le présentiel permet de confronter les perceptions, d’expérimenter ensemble et de prendre du recul.

Une telle approche demande évidemment de penser l’ensemble du parcours dès sa conception. Elle suppose également de mesurer ce qui se passe après la formation :

  • Les participants utilisent-ils leurs acquis ?
  • Leurs pratiques ont-elles évolué ?
  • Les difficultés observées pendant le jeu se retrouvent-elles dans leur activité ?

Cette évolution des méthodes contribue également à diversifier les profils des professionnels qui conçoivent les expériences.

Un marché où cohabitent acteurs historiques et nouvelles structures

Le secteur rassemble aujourd’hui plusieurs familles d’acteurs. Les studios spécialisés dans le serious game digital maîtrisent la conception interactive, le développement et les dispositifs de diffusion à grande échelle. Les concepteurs indépendants privilégient parfois les jeux de cartes, de plateau ou les formats sur mesure.

Les acteurs historiques continuent eux aussi d’élargir leurs propositions. Fondé en 2002, Ludicius revendique près de 200 réalisations, allant des simulations numériques aux jeux de rôle, escape games et jeux de plateau collaboratifs.

À côté d’acteurs historiques comme Ludicius émergent de nouvelles structures qui combinent plusieurs expertises autour du jeu. C’est notamment le cas de Mayéjem, créé par Gaëlle Chapot, Corentin Desplanques et Simon Keller, tous trois impliqués dans l’écosystème LudiNord Pro. Leur approche croise serious game design, ludopédagogie, formation et accompagnement des collectifs. « Plutôt que de parler des choses, vivons-les. C’est aussi ce qui nous a réunis autour de Mayéjem : le jeu permet d’expérimenter, d’observer ce qui se passe réellement dans un collectif, puis d’en tirer quelque chose de concret. Qu’il soit numérique, physique ou hybride, le format doit avant tout servir l’expérience que l’on veut faire vivre. » explique Simon Keller, co-fondateur de Mayejem.

La diversification des formats et des acteurs témoigne ainsi d’un marché où la technologie ne suffit plus à caractériser une offre. Les compétences pédagogiques, l’animation et l’accompagnement prennent une place croissante aux côtés du développement numérique. Pour les entreprises, l’enjeu consiste désormais à choisir une expérience capable de produire des apprentissages utiles, puis de les prolonger dans les pratiques quotidiennes.